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Mortalité des moins de cinq ans en RDC : quelles provinces en tête ?

This note is written in French. Summary: Five child mortality indicators by province, 2007 to 2023–2024: sharp declines, but several provinces remain far from the SDG target.

Introduction

Les indicateurs de mortalité des enfants de moins de cinq ans permettent d'apprécier l’état de santé d’une population et l’efficacité du système de soins. Ils reflètent la qualité des soins maternels et néonataux, la couverture vaccinale, l’état nutritionnel et les conditions de vie. En République démocratique du Congo (RDC), les niveaux de mortalité avant cinq ans demeurent élevés malgré une baisse notable depuis 2007. Les Enquêtes démographiques et de santé (EDS) estiment une mortalité infanto-juvénile d’environ 148 décès avant 5 ans pour 1 000 naissances vivantes en 2007, 104 en 2013–2014, puis 93 en 2023–2024 (Ministry of Health & ICF International, 2007, 2014, 2024). Ces niveaux varient fortement selon les provinces et restent nettement supérieurs à la cible des Objectifs de développement durable fixée pour 2030, qui exige une mortalité des moins de cinq ans d’au plus 25 pour 1 000 et une mortalité néonatale (avant 1 mois) d’au plus 12 pour 1 000 (Sachs et al., 2023). Le présent article poursuit trois objectifs : d’abord, décrire pour chaque province les niveaux des cinq indicateurs usuels — mortalité néonatale, post-néonatale, infantile, juvénile et des moins de cinq ans (infanto-juvénile) ; ensuite, comparer leur évolution entre 2007, 2013–2014 et 2023–2024 ; enfin, situer chaque province au regard de cette cible internationale afin d’identifier les priorités d’intervention.

Méthodologie

L’analyse mobilise les fichiers Naissances (BIRTH) des EDS réalisées en RDC en 2007 (8 882 naissances), 2013–2014 (18 716) et 2023–2024 (80 890), qui recensent l’ensemble des naissances vivantes déclarées par les femmes enquêtées à partir de leurs histoires complètes de naissances. Les taux sont estimés pour la période de 60 mois (cinq ans) précédant la date d’entretien, mois d’enquête exclu. Les taux sont calculés à partir de la date de naissance de l'enfant (mois et année), de son état de survie (oui, non), de son âge au décès (en mois) et de la date de l’entretien (mois et année). Cinq indicateurs ont été calculés :

  • le taux de mortalité néonatale, qui mesure le risque de décéder avant l’âge de 1 mois (0–30 jours, incluant les décès rapportés à « 0 mois ») ;
  • le taux de mortalité post-néonatale, qui mesure le risque de décéder entre 1 et 11 mois (et qui, en pratique, correspond à la différence entre la mortalité infantile et la mortalité néonatale) ;
  • le taux de mortalité infantile, qui mesure le risque de décéder avant le premier anniversaire (0–11 mois) ;
  • le taux de mortalité juvénile, qui mesure le risque de décéder entre 1 et 4 ans (12–59 mois) ;
  • le taux de mortalité infanto-juvénile, qui mesure le risque cumulé de décéder avant l’âge de 5 ans (0–59 mois).
Pour chacun des taux, le numérateur correspond au nombre de décès survenus dans l’intervalle d’âge considéré (0–1 mois, 1–11 mois, 0-11 mois, 12–59 mois, 0–59 mois) au sein de la fenêtre d’observation, tandis que les dénominateurs représentent l’effectif exposé au risque au début de chaque intervalle d’âge. La démarche de calcul repose sur la méthode dite de la cohorte fictive (pour plus d'explication, voir Samuel, 2008). On suppose la naissance simultanée d’une cohorte hypothétique (ou fictive) de 1 000 enfants. On observe ensuite, pour chaque tranche d’âge au décès (0–1 mois, 1–11 mois, 0-11 mois, 12–59 mois ou 0–59 mois), combien d’entre eux « disparaissent » à partir des décès réellement enregistrés dans les histoires des naissances. Chacun des taux de mortalité obtenus est alors interprété comme une probabilité de décès pour 1 000 naissances vivantes au cours de 5 ans précédant chaque vague d'enquête, comme si cette cohorte fictive avait été suivie de manière ininterrompue depuis la naissance jusqu’à cinq ans. Les estimations présentées dans cette note intègrent le plan d’échantillonnage des enquêtes (pondérations et stratification). La méthodologie de calcul détaillée est disponible dans le Guide to DHS Statistics.

Figure 1. Mortalité des enfants selon les provinces. Les intervalles de confiance des taux ont été estimés par la méthode du Jackknife. Si l’iframe ne s’affiche pas, ouvrez la figure directement : Child_mort.

Résultats

L’évolution des indicateurs de mortalité des enfants en RDC par province est présentée sur la Figure 1. Globalement, on observe une baisse de la mortalité avant l’âge de cinq ans dans l’ensemble des provinces (par exemple, au Katanga, elle est passée de 220 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2007 à 132 pour 1 000 en 2023/2024). La mortalité néonatale enregistre une diminution généralisée dans toutes les régions. En moyenne sur les trois vagues d’enquête, les niveaux les plus élevés sont observés au Maniema, avec environ 41,2 décès avant 30 jours pour 1 000, 88,2 décès avant 12 mois pour 1 000 et 156,2 décès avant 5 ans pour 1 000. Le Katanga présente, quant à lui, les niveaux les plus élevés de mortalité postnéonatale (47,6 pour 1 000) et de mortalité juvénile (75,1 pour 1 000). Entre 2007 et 2023/2024, les plus fortes baisses de la mortalité infanto-juvénile s’observent au Katanga (−105,5 pour 1 000), au Nord‑Kivu (−86,4 pour 1 000), au Sud‑Kivu (−77,2 pour 1 000) et au Bas‑Congo (−66,3 pour 1 000). À l’inverse, les diminutions sont plus limitées à Kinshasa (−12,5 pour 1 000) et au Kasaï Occidental (−15,7 pour 1 000). En 2023/2024, les niveaux les plus bas de mortalité infanto‑juvénile sont enregistrés au Nord‑Kivu (46,1 pour 1 000), à Kinshasa (64,1 pour 1 000), au Bandundu (68,0 pour 1 000) et au Bas‑Congo (68,1 pour 1 000). En revanche, des niveaux encore élevés persistent au Maniema (130,5 pour 1 000), au Kasaï Occidental (120,1 pour 1 000), au Katanga (115,4 pour 1 000), à l’Équateur (115,0 pour 1 000) et au Kasaï Oriental (109,3 pour 1 000).

Conclusion

Les indicateurs calculés mettent en évidence une diminution de la mortalité infantile, en particulier de la mortalité néonatale et de la mortalité infanto‑juvénile. La baisse de la mortalité néonatale peut être associée à une amélioration relative de la santé maternelle et de la prise en charge de la grossesse en RDC, notamment grâce à une meilleure couverture des soins prénataux et obstétricaux. De même, le recul de la mortalité infanto‑juvénile peut refléter des progrès dans la survie des enfants, en lien avec l’expansion des programmes de vaccination, une meilleure prise en charge des maladies de l’enfant et, dans certaines régions, une amélioration de l’alimentation des enfants. Ces diminutions apparaissent plus marquées dans les provinces du Katanga, du Nord‑Kivu, du Sud‑Kivu et du Bas‑Congo. À l’inverse, le Maniema, le Kasaï Occidental, le Kasaï Oriental et l’Équateur demeurent en retard, présentant des niveaux récents de mortalité sensiblement plus élevés. Dans ces provinces, il est essentiel de renforcer le continuum mère–nouveau‑né–enfant (soins obstétricaux et néonataux d’urgence, vaccination, prise en charge intégrée des maladies de l’enfant, nutrition et allaitement), d’améliorer l’accessibilité géographique et les dispositifs de référence et contre‑référence en zones rurales, de consolider les interventions communautaires, et de mettre en place un suivi infraprovincial régulier afin d’identifier les zones de forte mortalité et de mieux cibler les ressources disponibles.

Bibliographie

Ministry of Health, & ICF International. (2007). First Demographic and Health Survey (DHS‑DRC) (1; p. 499).

Ministry of Health, & ICF International. (2014). Second Demographic and Health Survey (DHS‑DRC) (2; p. 678). Rockville, Maryland. https://dhsprogram.com/data/available-datasets.cfm

Ministry of Health, & ICF International. (2024). Enquête Démographique et de Santé de République Démocratique du Congo 2023–2024: Rapport final. Kinshasa, RDC et Rockville, Maryland, USA : ICF. (III).

Sachs, J. D., Lafortune, G., Fuller, G., & Drumm, E. (2023). Implementing the SDG Stimulus. Sustainable Development Report 2023. 10.25546/102924

Samuel, O. (2008). Les démographes et le temps. Temporalités. Revue de sciences sociales et humaines, 8, Article 8. https://doi.org/10.4000/temporalites.113